Taper sur le maillon faible

Exploiter un point faible adverse

Tu as déjà rencontré cette situation ? Tu débutes ton match et dès l’échauffement, tu décèles une ouverture dans le jeu de ton adversaire : il semble avoir de réelles difficultés en revers. Super, tu as maintenant un plan de jeu simple. Et pendant 1h30 de match, tu essaies d’exploiter cette faille. Pourtant, tu te casses les dents sur un revers chopé sans consistance… Alors que faire ?

C’est quoi un point faible ?

La question peut paraître simpliste, mais je veux juste éclaircir un point : un coup faible, ce n’est pas un coup “moins fort”. Sinon, à part mon premier service, tous mes autres coups sont des points faibles. Le point faible d’une personne, d’un objet ou d’une technique de jeu, c’est l’endroit qui est “le plus défaillant”. Au tennis, c’est un point sur lequel tu ne pourras jamais faire la différence (en tout cas pas avec ta technique actuelle, mais rien ne t’empêche de progresser !). Ça peut être :

  • un coup particulier : souvent le revers ou la volée ;
  • un rythme : impossible de jouer quand ça va trop vite ou, plus frustrant, trop lentement ;
  • une situation : ne pas pouvoir repousser l’adversaire quand tu joues trop loin de ta ligne.

Dans cet article, je prendrai l’exemple d’un adversaire qui a un revers moyen.

revers raté au tennis
Bon, pas à ce point-là. Disons que ton adversaire touche au moins la balle.

Le schéma classique

Tu t’échauffes tranquillement avec ton adversaire et, après quelques balles, tu remarques qu’il est beaucoup moins à l’aise en revers. Il boise des balles, ne met pas de rythme et cherche déjà à le contourner. Alors dès le début du match, tu décides de tout miser là-dessus. À chaque fois que tu le peux, tu joues sur son revers. On appuie où ça fait mal ! En fonction de ta balle et de la position de l’adversaire, tu reçois 4 réponses différentes :

  1. Tu ne trouves pas d’angles intéressant. Ton opposant a le temps de contourner son revers pour t’allumer avec son coup droit puissant qu’il peut décroiser. Et tu te retrouves en difficulté.
  2. Tu trouves un peu d’angle mais ton adversaire est bien placé :
    1. Soit il maîtrise un peu de lift et te renvoie des ronds, longs et croisés sur lesquels il ne prend pas de risque. Mais ça te fait reculer et tu es à nouveau en difficulté.
    2. Soit il ne maîtrise pas le lift sur son revers, alors il chope. Un slice mou et un peu bas. Tu te précipites dessus pour profiter d’une balle d’attaque mais tu fais souvent la faute. Tu enchaînes les fautes sur cette balle sans rythme et tu commences à douter de ton plan de jeu.
  3. Tu trouves de l’angle et ton adversaire est en retard. Tu as enfin une balle intéressante à jouer mais tu as du prendre des risques pour l’avoir car tu dois jouer près des lignes de couloir et de fond. 

On peut résumer le jeu de ton adversaire comme ça :

Situation initiale d'un point de tennis
La croix est le point de replacement de l'adversaire pour une balle au centre

Ici, ton adversaire est en position de force : sur les ¾ de la largeur du terrain, il est en position de force. Si tu cherches à toucher sa zone de danger, tu vas prendre beaucoup de risque parce que cette zone est petite… pour le moment.

Pourquoi tu n’arrives pas à exploiter ce point faible ?

Parce que tu tombes dans le piège classique : jouer uniquement sur le point faible. Dans ces conditions, c’est contre-intuitif mais, tu joues le jeu de ton adversaire. Tu t’en doutes, si toi tu joues sur son revers, la grande majorité de joueurs ont fait la même chose que toi. Pour ton adversaire, le jeu est simple : devoir jouer le moins souvent possible le revers (donc beaucoup de contournement) et, quand il ne peut pas l’éviter, renvoyer une balle sans prise de risque qui désamorce ton attaque.

Au tennis comme ailleurs, il est naturel de compenser ses points faibles. Par exemple, ton œil droit va naturellement se renforcer si ton œil gauche a des lacunes. Si tes retours de service ne sont pas agressifs, puissants avec de belles zones, tu vas chercher à au moins ne pas donner une balle facile à ton adversaire. Tu vas renvoyer des balles longues et bombées, même si elles sont centrées. Ta faille technique va être compensée par un coup qui te met le moins possible en difficulté.

L’exemple de Nadal

Cet exemple vient d’une vidéo YouTube de l’excellente chaîne de Grégoire et Vincent. Quand on regarde Rafael Nadal lors de ses premiers passages à Roland-Garros, il avait un jeu typique de terre battue. Il proposait de long échanges en faisant reculer l’adversaire en attendant sa faute. Sa patience et son endurance lui permettaient à l’époque de gagner. Mais il a enchaîné de nombreuses blessures dans la 2ème moitié des années 2000, notamment au genou droit (de 2008 à 2010). Il avait donc un point faible physique. Il était alors moins endurant. Il a compensé cette lacune en changeant son plan de jeu : à partir de là, il a cherché à raccourcir les échanges et monter plus régulièrement au filet. Il a trouvé une parade pour ne pas se laisser embêter sur sa faille.

La solution : agrandir la faille

Pour gagner contre ton adversaire au mauvais revers, il falloir un plan de jeu efficace : jouer son revers intelligemment. Ça veut dire quoi ? Pour jouer efficacement sur son revers et enfin le mettre en difficulté, il va falloir jouer plus souvent dans sa zone de danger. Mais tu l’as vu, trouver cette zone est risquée. Tu dois jouer près des lignes. Si ton coup n’est pas assez efficace, ton adversaire désamorce la situation et c’est reparti pour un échange à rallonge. Tu as alors 2 solutions :

  1. Soit tu t’entraînes dur pour devenir plus précis et toucher plus souvent sa zone de danger.
  2. Tu agrandis sa zone de danger.

La solution 1 n’est pas mauvaise mais elle va te demander des mois d’entraînement et tu n’as pas le temps, le match a déjà commencé ! Reste la solution n°2.

Ouvrir le terrain

Pour agrandir la zone de danger de ton adversaire, il va falloir faire quelque chose d’assez contre-intuitif : jouer sur son coup droit ! Oui, pour exploiter son point faible, il va falloir éloigner le joueur de celui-ci. Tu vas engager une diagonale coup droit dans laquelle tu vas chercher à trouver de l’angle. Le but de la manœuvre est de déplacer le point de replacement de ton adversaire. On a vu dans un article précédent sur la théorie des angles (oui, encore elle) que quand tu joues dans un angle, il faut que tu te replaces légèrement du côté opposé (si tu joues sur le coup droit, à ta gauche, tu vas te replacer un peu à droite de la marque centrale). En faisant ça, ton adversaire va se replacer sur la droite de son terrain. Et ça, c’est une bonne nouvelle ! Ça te laisse plus de place sur son revers. Sa zone de décalage coup droit est aussi déplacée et tu peux enfin jouer sur sa zone de danger avec une prise de risque moins importante !

Arrête de t’acharner sur un revers défensif que ton adversaire travaille à l’entraînement et attaquer sur le coup droit. Fais l’inverse : endors-le sur un coup sur lequel il se sent en confiance et baisse sa garde. Il décalera petit à petit pour couvrir son coup fort et te laisser de l’espace sur son revers. Tu te retrouveras régulièrement dans la situation suivante :

Ouverture de court
En déplaçant ton adversaire sur son coup fort, tu agrandis sa zone de danger. Une belle faille à exploiter non ?

Ici, à force de décaler ton adversaire sur sa droite, il va ouvrir le terrain et agrandir sa zone de danger. Et tu sais déjà quoi faire pour exploiter cette zone : à la moindre balle trop courte, engouffre toi dans la brèche pour blesser ton adversaire sur son coup faible. Si possible, mets beaucoup de pression en poursuivant le point au filet pour le forcer à tenter un coup miracle s’il ne veut pas te donner une balle de smash.

 

À toi de jouer !

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